La pensée nomade: un processus d’innovation artistique

Repenser l’innovation artistique, requalifier les avants-garde contemporaines, non à partir de leur production mais à partir d’une démarche et des processus de création, des postures artistiques, tel est l’objet de cette communication. Pour ce faire, le propos s’appuiera sur le “traité de nomadologie” et la possible définition d’un concept de pensée nomade comme processus artistique innovant, quelle que soit la discipline concernée. La présentation sera illustrée par des projets artistiques contemporains comme Gigacircus et Conteners, comme exemple de mise en application créative de la pensée nomade et des mobilités.

Pour ces expériences artistiques, la pensée nomade et le nomadisme artistique ne sont pas uniquement affaire de mobilité. Si, dans le monde des arts, la mobilité constitue un principe nécessaire de diffusion voire de création, le nomadisme artistique relève d’une référence à la fois plus large et plus profonde si l’on considère le statut de l’artiste aujourd’hui et les contours du monde de l’art. Précisément, le nomadisme n’est pas seulement un mode de mobilité physique, “selon la lecture que Deleuze fait de Nietzsche, il est une forme de pensée qui suit une ligne de fuite qui ne se laisse pas prendre dans les mailles des forces institutionnelles.”

Cette forme de pensée est constitutive de la figure de l’artiste dès le 19ième siècle. Néanmoins, de fait, elle n’implique pas systématiquement la mobilité physique. Au 19ièmesiècle, la pensée nomade est avant tout une posture fondée sur une défiance des pouvoirs et mœurs d’une époque, une « machine de guerre » qui n’implique pas le déplacement, l’échange ou la confrontation directe. Elle apparaît plus comme un mode d’opposition au « monde bourgeois », à l’académisme, à l’État, qu’un nomadisme physique ou un « mouvement social » au sens strict.

La pensée artistique nomade va ainsi puiser au 19ième siècle dans l’autonomisation d’un « champ » où le monde de l’art se construit sur la figure d’un individu qui affirme son individualisme et son identité créatrice. Plus précisément, cette logique de l’art nomade si l’on suit Deleuze et Guattari dans leur « Traité de nomadologie » pourrait se décliner selon plusieurs caractères que nous développerons dans notre intervention: Processus (Hydraulique, tourbillonnaire, hétérogène, problématique); Formes et contenus (Symétrie, asymétrie, dissymétrie); Art excentrique (excentré—centrifuge); Art nomade (écart au monde et construction de soi).

Locative Media Sound Walks: Connecting Nomadism with Contemporary Geolocated Flânerie and Open Source Practices

Soundwalking is a practice that encourages conscious listening and interaction with the sound environment in a non-linear and improvisational manner. There is a theoretical relevancy with “promenadology” and Benjamin/Baudelaire’s flânerie, as the user/listener is invited to wander through an “aurally augmented” urban environment. The result establishes rhizomatic maps and lines of sound/audio walks relevant to the city, as perceived and aurally captured by the artist. The practice of soundwalking suggests wandering new routes, thus questioning linear urban planning, and uses field research and sound recording and their juxtaposition to escape from the model of the “panoramic city,” which is mostly perceived visually.

Most soundwalks and geo-located sound installations use open-source platforms that combine locative media (GPS) with music/sound/performative compositions by applying them to a region’s map. The artist’s and the listener’s function often coincide, both in cases where the sound is recorded while crossing the area and in those cases where the path chosen by the walker/listener determines the artistic result.

In this paper I will attempt to connect the concept of “nomadism,” as introduced and explained by Deleuze and Guattari, with contemporary artistic practices of sound walks, site-specific sound compositions, and geo-located sound interventions in urban public space by juxtaposing the principles of nomad art with those of open-source platforms and flânerie.

As Deleuze and Guattari (1980) imply, many social activities, including art, can constitute a war machine drawing “a plane of consistency, a creative line of flight, a smooth place of displacement” (ibid., 423) by reforming or acting against dominant systems and/or practices (ibid., 500). In the case of soundwalking, nomadism does not apply by suggesting fleeing the city but by proposing wandering as resistance to its confined and bordered space (Deleuze 1985, 149): in these soundscape compositions, narratives prevail, communities acquire space and voice, buildings are not mere subjects for sightseeing tours, the city is not a collection of historical information but a space to aurally, artistically, and socially wander within the micro-frames of which this space rhizomatically consists. Music and narrative as tools, leave behind ethnography, documentary, score, concert halls, museums, and institutions and become pliable materials, fragments of a living organism, of a city-score whose music is made by and is addressed to people. Actually the notions of nomadism and war machine apply here “as a war of becoming over being, of the sedentary over the nomadic” (Deuchars 2011, 3).

Departing from the distinction of audio walks, sound walks and listening walks, I will connect these contemporary artistic practices with the Deleuzian notion of rhizome and nomadism in order to indicate how the sound routes of wandering create experiential, non-dichotomous relations between public space and people that inhabit it or cross it, and how this process is a becoming-art through the inclusion of lines of flight and soft spots that converse with displaced artistic tools and site specific sound representations.

References

Deleuze, Gilles. 1985. “Nomad Thought.” In The New Nietzsche: Contemporary Styles of Interpretation, edited by David B. Allison, 142–49. Cambridge, MA: MIT Press.

Deleuze, Gilles, and Félix Guattari. 1980. Mille Plateaux. Paris: Editions de Minuit.

Deuchars, Robert. 2011. “Creating Lines of Flight and Activating Resistance: Deleuze and Guattari’s War Machine.” Seminar at the Victoria University, Wellington, New Zealand.

Machines de guerre urbaines

L’urbain contemporain, dont les espaces hétérogènes échappent à la maîtrise de l’urbanisme et de l’architecture comme « sciences royales », est de plus en plus parcouru et habité par de petites « machines de guerre » dont les règles de fonctionnement rappellent celles évoquées par Deleuze et Guattari dans leur « traité de nomadologie » et qui s’efforcent de créer de nouvelles formes d’échange et de communication entre des espaces trop lisses (ville diffuse, générique ou junkspaces) et d’autres trop striés (gated communities et ghettos en tout genre, destinés aux populations les plus riches ou aux populations les plus pauvres, rues et espaces publics qui ne peuvent plus assurer leurs fonctions de communication car ils sont étouffés par la surabondance de réglementation, la minéralisation des espaces, l’omniprésence des normes de sécurité). Les petites « machines de guerre urbaines » qui s’inventent autour de nous tous les jours se distribuent stratégiquement dans un espace ouvert et non hiérarchisé (comme dans le jeu de Go) ; elles impliquent des acteurs très divers (architectes, artistes, chercheurs, philosophes et simples citoyens-citadins concernés par le devenir des milieux qu’ils habitent) ; elles agissent selon les principes des sciences et des techniques « mineures », non pas à partir d’un « projet » d’un « plan » ou de lois prédéfinies qu’il s’agirait d’appliquer, mais en construisant leurs projets ou leurs plans sur le terrain, dans les chantiers, dans les rues et les places des villes ; elles comprennent de petites unités, qui agencent et inventent leurs propres outils et moyens techniques par des « compositions d’affects », en réponse à des « problèmes-événements », à chaque fois singuliers.

La communication proposée vise à donner un aperçu de la variété des nouvelles armes qui sont ainsi en train de s’inventer : guérilla végétale, émergence de nouveaux paysages produits par la nouvelle place faite à la nature et à ses dynamiques spontanées dans les villes, formes inédites d’agriculture urbaine, interventions artistiques et architecturales dans les interstices et les « territoires entre-deux », marches et dérives urbaines, cartographies et navigations, « récits de territoire », mais aussi « micro-usines urbaines » qui exploitent les outils offerts par les technologies les plus avancées pour créer de nouvelles relations avec les territoires et entre leurs habitants ou stratégies qui détournent les discours dominants sur les « Villes 2.0 » ou Smart Cities pour inventer de nouvelles formes d’appropriation et de partage de la vie urbaine dans la superposition de plus en plus fréquente entre espaces bâtis et espaces virtuels.

Nomad dérive

The goal of the workshop is to create a sound map of the area around the conference and compose a soundwalk using mobile phones and GPS to augment the sensorial dimensions of experiencing the city. We offer to participants the use of Android mobile phones, headphones, software, and recording equipment. Participants are advised to bring their own laptops and Android OS devices if possible, although Akoo-o can provide a number of mobile phones. The workshop will be scheduled as follows:

(1) Theory (distinction of sound walks, listening walks, audio walks; promenadology; public space art; link with the Deleuzian notion of nomadism and rhizome; locative media art). (2) Walk around the area of the conference venue to get acquainted with conscious listening and the specific site; field recordings of the area. (3) Editing the audio material (field recordings); acquaintance with editing software and basic techniques. (4) noTours (getting acquainted with this open source locative media platform to create a sound walk using the area map). (5) Walk to the area to listen to the soundwalk. (6) Discussion.

Participants are inducted into the process of soundscape composition, sound design, and sound mapping within the framework of site-specific artistic practice and promenadology and are familiarised with the use of innovative locative media applications. We will exemplify in practice field recording techniques and sound editing, as well as reproduction and sound composition based on the map of the city, using the open-source platform “noTours.” noTours (http://www.notours.org/) is an open-source software platform developed by escoitar.org collective for creating site-specific and interactive artistic works with the use of locative media technology, which results in an environment of “augmented aurality” within public space.

Starting from the situationist practice of “derive” and the Deleuzian concept of “nomadism,” we create itineraries that escape from concrete urban planning—which is primarily visual, geometrically aligned, and panoptically designed. We suggest a new cartographic model that could represent various layers of perception and experience of urban space and is based on mobility rather than stasis: this would include time as a fourth dimension, the subjective glance, the relational and emotional layers of experience; finally, it should be open to a polyphonic narration about space, at the process of its transformation into place. Strolling within an aurally augmented city is an open-ended artistic gesture that is ready to be reinterpreted and retoured by each listener. noTours is a tool for détournement and moving, appropriating the popular format of tourist guides and transforming it into a medium for non-touring and non-guiding.

The notion of “augmented aurality,” as used in the artistic practice of soundwalks, consists of intervening in space using audio means. It is an experience of immersion in a hybrid environment between material and potential reality, which employs the multiple levels of the constantly transforming notion of public space. As Deleuze and Guattari imply, many social activities, including art, can constitute a war-machine drawing, “a plane of consistency, a creative line of flight, a smooth place of displacement,” by reforming or acting against dominant systems and/or practices. In the case of soundwalking, nomadism is not relevant because it suggests fleeing the city but because it proposes wandering as resistance to the city’s confined and bordered space. In these soundscape compositions narratives prevail, communities acquire space and voice, and buildings are not the mere subjects of a sightseeing tour; the city is not a collection of historical information but a space to aurally, artistically, and socially wander within the microframes this space rhizomatically consists of. Music and narrative become tools; leaving behind ethnography, documentary, score, concert hall, museums, and institutions, they become pliable materials, fragments of a living organism, of a city-score whose music is made by and is addressed to people. Actually the notion of nomadism and war machine apply here “as a war of becoming over being, of the sedentary over the nomadic.”

Nevertheless, one should not assume that locative media soundwalking is in itself an act of drift against dominant systems. Locative media technology relies upon the ultimate panoptical device, satellite supervision, which in turn is adopted within the lures of postmodern, immaterial capitalism. But as the capitalisation of individual movement establishes itself alongside the colonisation of private space by “dotcom neoliberalism,” it is the movement between milieux, the reflection upon our shifting habitat, and the détournement of the parts of a well-oiled machine that can give us the ability to escape from a stagnant structure. From this perspective, we tend to view the work of art as a process, a dialogue between fields, a discursive negotiation with our social, physical, and digital environment, and an approach that reflects on the way the workshop is performed.