L’image-Temps

Nicolas Marty

conference: DARE 2015: the dark precursor
date: November 9, 2015
venue: Orpheus Institute, Concert Hall
format: in words
practice: music and sound
keywords: time-image

abstract about the author(s)

abstract

En juin 2015, j’ai présenté à Sheffield (EMS15) une perspective d’analyse fondée sur l’utilisation des concepts d’image-mouvement et d’image-temps, introduits par Deleuze pour décrire l’évolution du cinéma au 20e siècle. Considérer une pièce de musique acousmatique comme une image-temps revient à dire que la musique ne serait plus seulement un art du temps (dans lequel le temps serait articulé par le mouvement), mais pourrait laisser de côté l’articulation du temps au profit de son déploiement dans l’espace.

En parallèle de ce travail musicologique, j’ai produit une série de quatre pièces acousmatiques. Il s’agissait aussi de montrer qu’en plus de pouvoir être exporté pour l’analyse d’autres arts, les concepts deleuziens peuvent servir d’inspiration pour la créativité esthétique. Il s’agit de mettre en avant une conception moléculaire de la musique, non pas pour rejeter la conception molaire de la musique comme art du temps (linéarité, contrastes, tensions / détentes, énergie), mais pour mettre en avant une autre possibilité, peu explorée en-dehors des drones et de la musique de transe : celle de la musique où rien ne se passe, où quelque chose est donné à voir plutôt qu’à vivre par sympathie kinesthésique.

Les trois premières explorent différents aspects de la durée, de l’espace et du silence, dans un cadre cinématographique : même dans le cas d’une diffusion sur acousmonium, les pièces doivent être diffusées sur le plan frontal (sauf la quatrième pièce quadriphonique).

La première pièce, Funambules et autres abstractions (5’), donne au silence un rôle prégnant, une existence propre. Il entoure les fragments sonores apparaissant comme des percées dans le silence plutôt que des sons articulés (image optique/sonore). La forme n’y est pas téléologique, mais plutôt fragmentée, rhizomatique (image-cristal).

La deuxième pièce, Les lèvres d’Isis (2’) est extrêmement proche du silence complet, permettant aux sons « parasites » de la salle d’y prendre part. La pièce révèle l’érotisme de ces sons. La forme est linéaire, bien que fragmentée, et chacun des fragments constitue une image lisible, un système de relations subtiles.

La troisième pièce, Le dormeur du val (3’), articule quatre identités spatiales, mettant en avant la distance entre l’auditeur et le son articulé. Encore une fois, les sons apparaissent comme sur un écran de cinéma, sans que l’auditeur y soit immergé. La forme est rhizomatique.

Alors que la quadriphonie et l’espace tridimensionnel sont généralement utilisés, en musique acousmatique, pour générer des mouvements immersifs dans l’espace, elle sert dans la quatrième pièce, Une des chambres n’aurait presque pas de fenêtre (10’), à mettre en place une identité spatiale : le haut-parleur arrière-gauche est notamment utilisé exclusivement pour diffuser un texte en morse stylisé.

De manière globale, il s’agit de proposer une conception systémique, rhizomatique, non-téléologique et non-causale de la forme musicale, par opposition aux conceptions dominantes qui, en s’inspirant parfois des propositions des sciences cognitives, mettent l’accent sur l’articulation, la continuité, la dialectique et la rhétorique. Le même médium peut proposer, à condition que l’auditeur veuille bien s’y prêter, une autre manière d’écouter.

about the author(s)

Nicolas Marty

Nicolas Marty is a doctoral student in musicology at the University of Paris La Sorbonne, where he studies the listening of acousmatic musics. After finishing his studies in Computer Music at the Conservatory of Bordeaux in 2010, he is currently attending Jean-Louis Agobet’s classes on instrumental composition and Christophe Havel’s courses in electroacoustic composition. He is lecturer in computer music at the Université Bordeaux Montaigne, he edited with François Delalande issue 8 of the journal Musimédiane (‘Electroacoustic music’) and organized the session euroMAC2014 “Listening to Electroacoustic Music through Analysis”, of which he edited the proceedings (Musiques électroacoustiques. Analyses – Ecoutes. Sampzon: Delatour 2015). His compositional aesthetics rests on a form of extended and contemplative temporality. The pulsed or striated element is relegated to the background, in favor of a smooth, yet punctually articulated, deployment of space. The human element is set aside as much as possible to priviledge other forms of existence.

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Université Paris-Sorbonne, IReMus, FR

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nicodria [AT] hotmail.com

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marty.nicolas.chez.com